Ouvrir le capital de son entreprise ou rester seul : une réflexion de tous les instants

Suite à la publication de l’article de Cédric Labeau la semaine dernière, nous avons constaté que le sujet de l’association au capital intéressait beaucoup de monde. C’est pourquoi, cette semaine nous vous faisons partager l’article « Création d’entreprise : ouvrir son capital ou pas ?«  rédigé par Joseph Machiah pour le blog Business Angel France. Le sujet de l’association au capital est par ailleurs largement débattu dans le livre « Bien penser son entreprise et s’associer avec succès ».

Ouvrir le capital de son entreprise ou rester seul : une réflexion de tous les instants

L’acte de gestion le plus structurant pour une entreprise n’est pas le choix de sa forme juridique ou la rédaction des statuts mais la décision d’ouvrir ou non son capital. La composition du capital va structurer l’ensemble des rouages de l’entreprise aussi bien sur les dimensions juridiques et financières qu’opérationnelles.

Pour un fondateur, la vie sans associé n’a rien à voir avec la vie avec des associés. C’est comme pour les personnes célibataires et les personnes vivant en couple : l’énergie est si différente, la gestion du temps, les obligations, le mode de décision, la pression, etc. Rien n’est pareil, c’est plus riche mais plus complexe aussi. Je suis sûr que ceux qui ont récemment changé de statut, qui sont passés du célibat à la vie en couple ou le contraire le comprennent bien… Et ce d’autant plus que rien ne nous prépare à tous ces changements.

Une entreprise, c’est encore plus paradoxal que ce que l’on peut imaginer. Les centaines de témoignages recueillis vont tous dans le même sens : « si on avait su, on aurait pris nos précautions et on se serait organisé autrement ». L’association, comme la vie de couple, mérite d’être pensée et construite dans l’échange. Ainsi le premier message de cet article est de faire prendre conscience de l’impact que peut avoir la division du capital social, c’est à dire l’attribution d’actions ou de parts de la société à un ou plusieurs tiers.

Ceci est vrai quelle que soit la raison qui, à l’origine, a poussé à attribuer du capital à des tiers : en général c’est un besoin de financement, mais il peut aussi s’agir d’attirer des compétences opérationnelles que seule une plus-value peut motiver. Petite parenthèse, si l’on s’associe au capital juste pour ne pas être seul, comme en couple d’ailleurs, c’est une très mauvaise idée, ça ne peut pas marcher, c’est une démarche à proscrire à tout prix.

L’idée de cette tribune est bien de vous inciter à prendre le temps de la réflexion sur le domaine confus de l’ouverture du capital, et en particulier au moment de la création de l’entreprise. Il s’agit de créer une structure du capital la plus adéquate et flexible possible. Car comme pour un mariage et son divorce, détricoter une association au capital est une épreuve qui peut être terrible.

Rentrons maintenant dans des éléments concrets, en quoi ouvrir le capital est donc si impactant ?

- Le fondateur ne peut plus prendre toutes ses décisions seul, sans avoir à argumenter. Un circuit de prise de décision et de communication va émerger. Pour toutes les entreprises, même les petites, une grande partie de l’énergie du fondateur peut partir en « vente interne », c’est à dire à communiquer auprès de ses actionnaires. Même s’il n’a, au capital, que des actionnaires minoritaires, il aura un minimum à faire. La transparence est de mise et un fondateur qui a ouvert son capital ne doit pas imaginer un seul moment qu’il aura la même liberté qu’avant. La gouvernance devient alors un sujet sensible et le mandataire va soudainement y passer beaucoup de temps. Pourtant il n’a que des problèmes à espérer et zéro chiffre d’affaires…
– Le mode de management devient un enjeu sensible: si le fondateur veut s’associer, c’est en général avec des personnes qui ont un profil technique et comportemental complémentaire, en conséquence avec des personnes différentes. Et ces personnes il faut maintenant les manager avec toute la subtilité nécessaire. Ce ne sera pas simple.
– Le versement de dividendes devient une décision complexe. En effet, si il y a versement de dividendes, tous les actionnaires vont en bénéficier. La décision qui s’apparentait à un acte d’optimisation fiscale, devient politique.
– Le reporting devient conséquent, certains audits vont devenir obligatoires et le fondateur va devoir documenter ses décisions sensibles, notamment pour pouvoir prouver sa bonne foi en cas de problèmes. L’organisation de l’entreprise doit le prendre en compte, les systèmes d’information aussi.
– L’administration des clôtures d’exercices, avec son florilège de papiers, va prendre plus de temps. Déjà, en amont, la conclusion du montage financier et juridique, et du pacte d’actionnaires peut être difficile à finaliser.
– Avoir des associés opérationnels heureux et efficaces dans la durée est aussi un métier à plein temps. Une relation se construit et se maintient et cela demande du temps et de l’énergie. Il faut en être conscient.
– Pour toutes ces raisons la culture d’entreprise va obligatoirement évoluer.

Etre seul est plus simple pour gérer une entreprise et on peut avoir l’impression d’être efficace dans l’utilisation de son temps : pas de réunion superflue, pas de perte de temps, prise de décision immédiate, etc. Par contre être bien entouré place le fondateur et l’entreprise dans une dynamique plus forte. C’est l’objectif logique. Plus d’énergie donc, mais une complexité à maîtriser. En fait à chaque étape importante de l’entreprise, et l’ouverture du capital en est une, le fondateur va devoir s’adapter, changer son comportement pour répondre aux besoins de l’entreprise. C’est une vraie gymnastique à pratiquer.

En conclusion, avoir des actionnaires minoritaires ou majoritaires, opérationnels ou purement financiers, demande à entrer dans une dimension où il faut être fort dans le relationnel et savoir que ce sera consommateur de temps et générateur de frustration. Ouvrir le capital c’est entrer sûrement dans la complexité et les paradoxes de l’humain, dans la confiance qui se gagne avec le temps et se perd en une fraction de seconde.
C’est une aventure entrepreneuriale à l’intérieur de l’entreprise !

Un dernier conseil : si l’ouverture du capital n’est pas indispensable, alors surtout en profiter pour ne pas s’en préoccuper et gagner du temps. Cela ne coûte rien d’attendre un peu. Ouvrir le capital est simple, le récupérer est souvent impossible. Il faut absolument résister à la tentation de distribuer du capital pour faire plaisir, à vous ou aux autres. Et puis si vous pouvez attribuer des options (bspce, stock-options ou bsa) alors ne vous en privez pas, c’est tellement plus simple à gérer que des actionnaires en direct. Combien d’entrepreneurs se sont mordus les doigts d’avoir attribué ne serait-ce que 1% du capital lors de la constitution des statuts, acte qui leur semblait dans l’immédiat si anodin !

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2 réponses à Ouvrir le capital de son entreprise ou rester seul : une réflexion de tous les instants

  1. Ping : Ouvrir le capital de son entreprise ou rester seul ? Quelles sont les conséquences au quotidien pour l'entrepreneur ? | Blog Entreprendre Ensemble - partageons notre expérience

  2. Bonjour,

    Excellent articles. J’utilise moi même souvent la comparaison entre l’association et le mariage. Comme le disait un comique: » Etre en couple, c’est régler à deux des problèmes que l’on n’aurait pas tout seul ». Je rédige un blog sur le pacte d’associés ( http://www.pacte-associes.fr dont l’objectif est de démontrer l’importance de cet outil dans la réflexion avec vos partenaires éventuels. Je me rends compte que peu d’entrepreneurs maîtrise cet outil ou y consacrent le temps nécessaire. Avez-vous rencontré des cas de pactes non rédigés ou mal ficelés qui ont aboutit à des « catastrophes »? Merci pour votre livre en tout cas!

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